
Ainur Turgambayeva (Chouga, 2007)
Chouga, du réalisateur du Kazakhstan Darezhan Omirbaev, développe son approche de la littérature par la construction filmique du temps. Cette très belle réussite d’adaptation littéraire, sans pour autant devenir un livre/texte filmé, est une transposition temporale du roman Anna Karénine de Tolstoï de la Russie des Tsars des ex-colonies soviétiques (le Kazakhstan est devenu indépendant en 1990). Le rapport argent et tradition sociale a autant changé qu’il s’est laissé préserver par une pratique de caste familiale, ce qui aide à donner au film une concrétisation du temps présent sans perdre la construction des situations dramatiques originales du roman. Par contre, ce qui est intéressant dans cette adaptation et qui pour d’autres pourrait devenir un défaut du film, est que l’intrigue romanesque devient toile de fond en soulevant le poids dramatique des personnages du film et en donnant la place à ce passage inexorable et silencieux du temps.
La caméra s’attarde sur des petits gestes des mains, des regards ou le temps que l’on voit passer sur l’horloge. Le temps ainsi se construit lentement dans les plans, surtout par de faux raccords d’une séquence à l’autre. Le montage, bien qu’il suive la chronologie des images, fait des sauts temporels importants en construisant ainsi le film par des tableaux dans lesquels les cultures occidentale et orientale se confondent. Des tableaux qui portent le mouvement des trains, des voitures, des attentes, et des lieux de passages et de transitions, des couloirs, des routes – une belle transposition imagée du parcours de la protagoniste (excelente, Ainur Turgambayeva) entre la passion d’un jeune riche et l’obligation familiale envers son fils et son mari.